« Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible »[1] .

 

Comme le schématisait récemment une étude publiée par le ROCKY MOUTAIN INSTITUTE[2], il existe  différentes options pour les consommateurs souhaitant réduire leur facture d’électricité : recourir à l’autoconsommation, devenir performant énergétiquement ou déplacer leurs usages électriques en réponse à un besoin du système.

Dans la plupart des pays développés (USA, Japon, Corée du Sud, UK, France, Allemagne, Suède, Australie…etc), la flexibilité de la demande est une ressource connue, maîtrisée et en phase de développement pour réduire les pics de consommations,  et d’absorber le surplus d’énergie d’origine renouvelable.

La capacité de flexibilité dans le monde devrait atteindre 196 GW d’ici 2023.

Source : EY – http://www.ey.com/fr/fr/industries/power---utilities/ey-smart-grids-insights-08-demand-response-contextes-regionaux

L’adaptation de la demande se fait en réaction à des signaux de prix ou de tension du système envoyés aux consommateurs. Outre la chasse aux gaspillages (efficacité énergétique), cette option est sans aucun doute la moins couteuse pour réduire la facture d'un consommateur, sa rentabilité étant immédiate.

Dans les pays dans lesquels la filière s’est le plus développée, les sites industriels qui intègrent le pilotage de leurs usages électriques dans l’organisation de leur production réduisent ainsi jusqu’à 20% de leur budget d’électricité.

 

Entrons-nous pour autant dans l’ère du « Prosumer » ?

Jusqu’à présent, les acteurs de marché et les Etats ont investi massivement dans des centrales de production commandables, les réseaux et les interconnexions partant du postulat que les profils de consommation n’étaient pas ou peu flexibles.

Alors que les consommateurs, conscients à présent des conséquences sanitaires, environnementales et économiques d’une telle politique, désirent la transition vers un modèle énergétique décarboné et limitant le risque nucléaire, ce logiciel de pensée est encore très présent dans les débats en cours sur la transition énergétique en France et en Europe.

Probablement parce que la « vieille » économie ne sait capitaliser pour l’avenir qu’à coup de dizaines de milliards d’euros d’investissements dans des centrales et des lignes électriques, les décideurs peinent à imaginer comment confier la sécurité d’approvisionnement à des « prosumers » dont l’intelligence collective reposerait sur les algorithmes de plateforme digitales

Pourtant, l’évolution des technologies de pilotage distant des consommations et de la compétitivité de la production électrique d’origine renouvelable changent aujourd’hui la donne et font entrer la réduction de la production d’énergie fossile et nucléaire dans l’univers du possible. Cependant, pour rendre ce dispositif robuste et résilient, 6 GW de flexibilité de consommation électrique sont requis par RTE dans son bilan prévisionnel(3)  à horizon 2025.

Ces dernières années, malgré une volonté affichée de développement de la filière, le manque d’adaptation pragmatique des règles de fonctionnement du système électrique pour la flexibilité de consommation des usages énergétiques, a abouti à la valorisation d’à peine la moitié des capacités de flexibilité de consommation existantes, dont la majeure partie est issue du recours à des groupes électrogènes fonctionnant au diesel…

A l’heure où s’ouvre le débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) traçant la voie à suivre jusqu’en 2030, rappelons donc que les consommateurs doivent être positionnés au cœur du modèle de marché. Cela signifie créer l’environnement régulatoire et économique permettant l’incitation pour les consommateurs à flexibiliser leur consommation.

N.HULOT, le Ministre en charge de l’énergie, indiquait récemment que le nucléaire n’était pas une énergie d’avenir et que les ENR associées à l’efficacité énergétique pouvaient le remplacer. Nous voulons y croire, mais pour transformer cette vision en réalité, il faudra impérativement dépasser le seul débat entre croyants et agnostiques des ENR et faire confiance à l’innovation au service des consommateurs.

[1] Antoine de St Exupery

[2] https://rmi.org/insights/reports/economics-demand-flexibility/

[3 ]http://www.rte-france.com/sites/default/files/bp2017_complet_vf.pdf