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Comment adresser l’enjeu de décarbonation dans votre usine ?

Identifiez les leviers d'actions pour décarboner votre industrie

La décarbonation de l’industrie est plus que jamais au centre des questionnements et des débats. Alors que de nouveaux dispositifs de financement ont vu le jour en 2020 pour encourager l’émergence et la réalisation de projets de décarbonation dans le secteur industriel, le prix de la tonne de carbone atteint en 2021 des niveaux records.

Pourquoi la décarbonation représente-t-elle tant une contrainte qu'une opportunité pour le secteur industriel ? Quelles sont les solutions pour décarboner votre entreprise et ainsi réduire votre empreinte carbone ?

Enjeux de la décarbonation

Réduire l’émission de gaz à effet de serre (GES) est l’un des principaux enjeux des années à venir. Pour maintenir le réchauffement climatique en dessous des 2 degrés, l’effort doit être à la fois collectif et durable. La France, malgré les différentes politiques environnementales et la baisse de ses émissions de GES (-19 % entre 1990 et 2018), est déjà fortement impactée par le réchauffement climatique puisqu’elle connait une hausse des températures de 1,8 °C (comparaison entre la période 1961-1990 et 2019)[1]. Le secteur industriel, qui pèse pour 18 % des émissions de GES du pays, représente un levier de décarbonation conséquent qui aura un impact majeur sur l’atteinte des objectifs environnementaux français.

La décarbonation du secteur industriel : une contrainte et opportunité

Mise en place d’un marché carbone européen

En 2005, l’Union européenne a instauré le premier système d’échange international de quotas d’émission (SEQE-UE ou EU-ETS en anglais) pour mesurer et réduire les émissions de GES de ses industries énergo-intensives et producteurs d’électricité. Les résultats depuis la mise en place de ce dispositif sont éloquents : les installations concernées ont réduit leurs émissions d’environ 35% entre 2005 et 2019[2]. L’EU-ETS inscrit la décarbonation comme une contrainte financière représentant un enjeu économique pour les entreprises visées. Chaque année, elles doivent fournir un effort supplémentaire pour réduire leurs émissions.

Les quotas sont échangés sur le marché carbone européen, qui voit depuis la fin de l’année 2020 le prix de la tonne de carbone s’envoler. Un pic historique a été atteint le 9 septembre 2021, avec un prix fixé à 62,75€[3] alors que jusqu’en décembre 2020 le prix de la tonne de carbone se négociait à moins de 30€. L’augmentation est conséquente et alourdit la contrainte sur les industriels soumis à ce dispositif. Cette tendance haussière semble devoir perdurer dans le temps pour répondre à l’objectif ambitieux que s’est donné l’Union européenne : une réduction des émissions de GES de 55% d’ici 2030.

 

Anticiper l’extension des politiques de décarbonation…

Dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe, la Commission européenne a présenté le 14 juillet 2021 son « paquet climat ». Celui-ci propose des mesures d’une ampleur inédite destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne. La refonte du marché carbone via la modification de la directive EU-ETS est l’un des points phares du paquet climat.

Dans cette proposition, le système d’échange de quotas, qui touche pour l’instant les entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre, verrait son efficacité renforcée. Il serait étendu progressivement à plus de la moitié des émissions du transport maritime. La Commission européenne propose de revoir le nombre total de quotas sur l’ETS existant, de réviser le fonctionnement de la mise en réserve de quotas pour les États et de doubler le taux de réduction annuel du nombre de quotas. De plus, la réduction du nombre de quotas gratuits serait accélérée. Toutefois, elle ne fixe aucun prix plancher pour la tonne de carbone.

Décarbonation loi européenne

Le système EU-ETS serait également dupliqué pour s’appliquer aux fournisseurs de carburants et combustibles pour le transport routier et les bâtiments (chauffage et froid). Pour ces nouveaux secteurs, le prix du CO₂ serait distinct de celui fixé sur l’actuel marché du carbone.

Avec ces révisions, l’Union européenne cible une réduction des émissions pour 2030 de - 61% (par rapport à 2005) dans les secteurs soumis au dispositif.

 

…Ainsi que l’intérêt grandissant du public

Le public et les associations environnementales portent un intérêt croissant sur la stratégie de décarbonation des entreprises. Fait historique montrant l’augmentation de leur marge de manœuvre, deux majors du pétrole - Shell et ExxonMobil - ont été recadrées en mai 2021 sur leur manque d’actions pour mener la décarbonation de leur entreprise[4].

Les entreprises, constatant l’accroissement de cet intérêt en faveur du climat ainsi que la mise en avant des sujets liés à la décarbonation, sont encouragées à se familiariser avec leur empreinte carbone ainsi qu’avec les moyens à mettre en œuvre pour la réduire. Certaines filières industrielles françaises, notamment celles impactées par le sujet car fortement émettrices de GES, ont ainsi publié leur feuille de route vers la décarbonation. C’est le cas par exemple de la filière de la chimie ou de celle du ciment.

D’autres entreprises, sans être soumises au système EU-ETS, décident de prendre les devants et d’instaurer un prix interne du carbone dans le but d’accélérer leur transition énergétique. Grâce à ce prix, elles internalisent dès à présent le coût économique de leurs émissions de GES, et s’assurent que leurs choix actuels se révèleront pertinents pour répondre aux contraintes de demain. La publication « Prix interne du carbone, une pratique montante en entreprise » d’I4CE, Institute for Climate Economics, décrypte cette pratique.

La mise en place d’une stratégie de décarbonation représente un levier de compétitivité et un facteur de performance, notamment pour les entreprises dont la facture énergétique pèse sur le coût de production des produits ou services.

 

La décarbonation, un levier de performance

Pour réduire les émissions de GES de votre site, plusieurs pistes peuvent être explorées, telles que la modernisation de vos équipements ou l’amélioration de vos outils de production. En identifiant puis en réalisant des actions de décarbonation, vous améliorez l’efficacité énergétique de vos sites, diminuez votre facture énergétique et réduisez vos émissions de gaz à effet de serre.

Sans oublier que la réduction de l’empreinte carbone est un facteur de motivation pour les parties prenantes de votre entreprise (clients, collaborateurs, partenaires…) qui expriment des attentes de plus en plus fortes en la matière.

La décarbonation est aussi bien un enjeu environnemental et sociétal qu’un levier de compétitivité. Mais comment passer à l’action et définir une stratégie gagnante ?

Plusieurs axes à envisager pour réduire votre empreinte carbone

#1 - Calculez votre empreinte carbone

Afin de réduire l’empreinte carbone de votre entreprise, l’identification des émissions de gaz à effet de serre directes et indirectes, via un Bilan des Emissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) ou un Bilan Carbone®, est la première étape à suivre. Elle vous permettra de mieux cibler les actions à mener par la suite.

Quelle est la différence entre ces deux bilans ? Le périmètre du Bilan Carbone® est plus étendu que celui du BEGES, puisqu’il comprend l’analyse de l’ensemble des 3 scopes ci-dessous alors que le BEGES se concentre sur les scopes 1 et 2 :

Scope 1

Il concerne les émissions directes de GES liées à votre activité, induites par la combustion d’énergies fossiles (par exemple : chaudière).

chaudière
Scope 2

Il rassemble des émissions indirectes de GES liées l’achat ou à la production d’énergie, sous forme d’électricité ou de chaleur (par exemple : consommation d’électricité).

Scope 3

C’est le plus large, puisqu’il inclut toutes les émissions indirectes, c’est-à-dire qui n’ont pas lieu au sein de l’usine qui fait l’objet du bilan (par exemple : déplacement des collaborateurs du domicile jusqu’au lieu de travail).

Depuis le 13 juillet 2011, les entreprises de plus de 500 salariés ayant leur siège social en France métropolitaine ont l’obligation de réaliser un BEGES tous les 4 ans.

Pour aller plus loin… Des leviers d’actions hors énergie

Le scope 3 du Bilan Carbone® apporte une vision de la répartition des émissions de CO2 hors énergie. Cette analyse vous permet d’identifier des pistes complémentaires de réduction des émissions de GES, par exemple en lien avec les matériaux utilisés, la provenance des matières premières, l’impact des produits vendus à l’utilisation, les déplacements de vos clients et collaborateurs, etc.

Le Bilan Carbone® intègre également l’évaluation de la vulnérabilité carbone de votre entreprise, qui est liée à l’impact qu’aurait une hausse des prix des énergies carbonées sur l’activité.

#2 - Réduisez votre empreinte carbone : les actions phares

Plusieurs actions permettent de réduire considérablement son empreinte carbone. Pour commencer : la réalisation d’un audit énergétique qui vous permettra d’identifier ces actions d’efficacité énergétique à fort potentiel. Plusieurs aides financières sont disponibles pour couvrir tout ou partie de l’investissement nécessaire pour mettre en place les actions préconisées.

Le dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) et l’appel à projet pour l’efficacité énergétique des industries sont deux des solutions de financement que vous pouvez utiliser. Cet appel à projet a été lancé initialement en 2020 dans le cadre du plan France Relance, puis une autre édition a été lancée en 2021. Il se poursuivra jusqu’en 2022.

Focus sur les actions de décarbonation les plus fréquemment identifiées :

chaudière

La récupération de chaleur fatale

Cette opération est particulièrement prisée du fait de son efficacité et des économies qu’elle génère, la chaleur récupérée étant ensuite réutilisée pour les différents besoins du site (chauffage, procédé, eau chaude sanitaire).

Elle permet ainsi d’éviter, entièrement ou en partie, le recours à une chaudière polluante et la dépense énergétique ainsi que les émissions de CO2 qui en découlent.

L’opération peut être utilisée dans de nombreux secteurs industriels puisqu’il est possible de récupérer la chaleur fatale sur plusieurs équipements, par exemple sur un compresseur d’air ou sur un groupe de production de froid.

L’investissement nécessaire pour installer un système de récupération de chaleur fatale peut être couvert, en totalité ou en partie, à la fois par le Fonds chaleur et les subventions CEE, qui sont potentiellement cumulables depuis août 2019. Depuis 2020, les sites soumis au système EU-ETS peuvent également être éligibles à l’obtention de subventions CEE pour la récupération de chaleur fatale.

Brüggen étude de dimensionnement

L’usine de fabrication de céréales Brüggen utilise la chaleur fatale de ses groupes de production de froid pour préchauffer son eau chaude sanitaire et chauffer ses locaux. Grâce à la chaleur récupérée, Brüggen évite de consommer à la fois de l’électricité et du gaz.

industrie

L’installation d’équipements plus performants

C’est également une piste majeure à exploiter. La réalisation d’études énergétiques est nécessaire pour vous assurer du bon dimensionnement et de l’efficacité des nouveaux équipements dont vous planifiez l’acquisition, ainsi que de leur adéquation avec vos besoins. Ces équipements peuvent être assez variés : chaudières, brûleurs micro-modulants ou régénératifs, osmoseurs, installations de récupération chaleur, etc.

gestion-batiment

La rénovation de bâtiments

La prise en compte en amont de l’enjeu de décarbonation lors de vos projets de rénovation de bâtiments vous permet d’optimiser votre rénovation pour consommer moins et mieux. Le raccordement à un réseau de chaleur, l’amélioration de l’isolation ou encore l’installation d’un système de Gestion Technique du Bâtiment (GTB) peuvent notamment vous permettre de réduire la consommation de vos bâtiments.

Décret tertiaire

Savez-vous que les bâtiments industriels peuvent également être soumis à l’obligation règlementaire Éco Énergie Tertiaire, ou décret tertiaire ? Si vous ne n’êtes pas sûr d’être concerné, notre quiz « décret tertiaire : êtes-vous assujetti aux obligations ? » vous apportera les informations nécessaires.

expertise

La sensibilisation de vos équipes

Votre équipe vous apporte un avantage décisif puisque c’est sur le terrain que les améliorations sont le plus facilement détectables.

Pour vous aider à actionner ce levier de performance, le parcours de formation PROREFEI vise à former les salariés en charge de la gestion de l’énergie, afin qu’ils puissent mettre en place des actions d’efficacité énergétique sur votre site.

Pour aller plus loin, la mise en place d’un système de management de l’énergie (SMÉ) structure vos actions et inscrit votre site dans une démarche vertueuse, impliquant l’ensemble de vos collaborateurs. Ce système pourra également être certifié par norme ISO 50001.

Castmetal FWF logo

Castmetal FWF, producteur de pièces en aciers faiblement alliés, a mis en place un système de management de l’énergie certifié ISO 50001.

#3 - Favorisez les énergies renouvelables

La décarbonation de vos sources d’énergie est un deuxième axe intéressant à envisager pour réduire vos émissions de GES. Pour privilégier les énergies décarbonées, dont les énergies renouvelables font partie, deux pistes sont à explorer :

energie-renouvelable

L’utilisation de nouvelles sources d’énergie

Cette pratique consiste à remplacer vos sources d’énergies fossiles par une source d’énergie produisant moins de GES, comme la biomasse, l’éolien ou le photovoltaïque. Ces énergies renouvelables sont en plein développement :

  • La stratégie nationale de mobilisation de la biomasse a été mise en place pour développer la production de biomasse et augmenter son utilisation, tout en veillant à son usage raisonné.
  • La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ambitionne de développer les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le photovoltaïque, grâce à des investissements majeurs du gouvernement dans les territoires.

En fonction de la cartographie énergétique du site concerné, une étude de faisabilité détermine son potentiel d’autoconsommation.

analyse

Le déploiement d’un programme de flexibilité électrique

Mettre la flexibilité de vos consommations électriques à disposition du réseau électrique vous permet de contribuer à son équilibre et donc d’éviter le recours à des centrales thermiques polluantes lors des pics de consommations.

Mais également de favoriser le développement des énergies renouvelables, puisqu’en cas de surplus de production d’origine renouvelable, votre flexibilité électrique pourra être activée à la hausse afin de profiter de cette énergie décarbonée.

Alors que le réseau électrique est particulièrement tendu depuis 2020 en raison des retards pris sur la maintenance des réacteurs nucléaires, la flexibilité électrique joue un rôle clé pour assurer l’approvisionnement en électricité du réseau tout au long de l’année.

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l’Armoricaine de Fonderie le Châtelet (AFC), fonderie appartenant au groupe La Fonte Ardennaise, a choisi d'effacer la consommation électrique de ses fours de fusion lors des pics de tension sur le réseau électrique.

Engagez vos actions d’économie d’énergie  

Pour atteindre les objectifs de la Stratégie nationale bas carbone, ce sont 81 % des émissions de GES de l’industrie qui doivent baisser à l’horizon 2050 par rapport à 2015[5]. La décarbonation de l’industrie est donc une priorité. Elle représente également une source de valeur pour votre entreprise et l’opportunité d’engager des actions de réduction des GES qui amélioreront significativement l’efficacité énergétique de votre site.

Alors que le coût de la tonne de CO2 est historiquement élevé, que la suppression des quotas gratuits d’émission de GES se rapproche et que la sensibilité aux problématiques environnementales se développe, le moment est opportun pour engager les actions menant vers la réduction de l’empreinte carbone de votre site !

[1] Chiffres clés du climat – France, Europe et Monde – édition 2021 ; https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2020-12/datalab_81_chiffres_cles_du_climat_edition_2021.pdf

[2] Système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) ; https://ec.europa.eu/clima/policies/ets_fr

[3] https://ember-climate.org/data/carbon-price-viewer/

[4] Shell et ExxonMobil fermement rappelés à l’ordre sur leur politique en faveur du climat ; https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/05/27/shell-et-exxonmobil-fermement-rappeles-a-l-ordre-sur-leur-politique-en-faveur-du-climat_6081679_3234.html

[5] La stratégie nationale bas-carbone (SNBC) en 10 points https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/18222_SNBC_10-points_A4_oct2020.pdf